Montag, 29. Juni 2009

Regen

- Et si on ne peut pas?

- On ne peut pas ne pas pouvoir...

- Et si je ne peux pas?

Il remarque la panique dans sa voix, dans ses questions, dans son regard, - comme si elle n'était que cette panique, étreignant son corps, et il ne peut s'empêcher d'en être agacé. Il sait qu'elle en a conscience, et qu'elle s'y laisse aller quand même, devant lui, - qu'elle l'a appellé pour s'y laisser aller, pour qu'il sente ses yeux dardés sur lui, débordés d'une sorte de nervosité fébrile, - et il lui en veut, elle sait que c'est déplacé, d'autant plus déplacé avec l'été déjà, la torpeur de l'été, la rue déserte et leur table au soleil.

- Et si je ne peux pas, - je crois que vraiment je ne peux pas. Je voulais t'en parler parce que tu es le seul,- je veux dire, je ne pourrais pas en parler aux autres, à quelqu'un d'autre.

Elle l'agace, et il voit son regard se dilater encore face à cet agacement, comme si elle s'en nourrissait pour accroître la nervosité de son regard, de sa voix. Il voudrait lui dire qu'elle parle trop, que ça suffit. Il voit déjà son visage se fermer d'un coup, ses traits se durcir comme ceux d'une statue. Il se tait. Il a l'impression qu'elle s'écoute parler, qu'elle n'a besoin de lui que comme d'une présence nécessaire pour s'écouter elle-même.

- Je sais que tu penses que je suis privilégiée. Ce n'est pas la question. Je ne me plains pas. Je dis juste que je ne peux pas, je te demande, si tu n'as jamais pensé, qu'il était possible de ne pas pouvoir.

Il se dit qu'elle s'attend à ce qu'il débite, comme une voix monocorde sur un enregistrement maintes fois ressassé, les mêmes paroles rassurantes. Tu as tout, tu n'as pas de raisons de...Mais elle l'interrompt. Elle l'interrompt pour ne rien dire. Elle a le corps englué dans la chaleur, elle a l'impression qu'elle ne pourra plus jamais se lever, qu'elle s'est figée sur la chaise et que ses membres à chaque instant s'alourdissent davantage. Elle se sent prise au piège. Elle voudrait lui dire qu'elle suffoque - qu'il sente qu'elle suffoque, ce n'est peut-être même pas vraiment une suffocation, mais une sorte d'inertie qui enfle à l'intérieur de son corps, ralentit chacun de ses gestes, les rend pénibles. Elle voudrait lui parler du temps de l'été: une masse flasque, sans consistance, dans laquelle elle se laisse couler, peu à peu, jusqu'à ce que les jours se confondent aux nuits, -jusqu'à ce que le temps s'abolisse dans sa propre lenteur, elle le sent dans son corps comme un liquide sirupeux et très sucré, il distend sa chair, elle voudrait lui dire, qu'elle commence à se sentir vieille, oui c'est étrange, elle est très jeune, mais trop de souvenirs s'ammasent désormais en elle, épars, confus, trop de choses mortes sans cohérence, à traîner encore et encore, avant elle n'avait jamais eu de nostalgie, jamais envie de revenir en arrière ou plutôt de ne pas continuer à aller de l'avant, aller vers-. Et maintenant il n'y avait sans doute que ce temps informe, elle n'attendait rien, elle n'était pas habituée, à ne pas attendre, à ne pas vouloir attendre, mais hors du temps le jour d'après n'était rien, rien d'autre -


Elle ne sait pas pourquoi elle lui parle de tout autre chose, - elle sent très bien qu'elle ne devrait pas, qu'il y sera imperméable, comme il est imperméable, ou plutôt agacé, elle le voit très distinctement, par la panique qui sourd dans sa voix, qui émane de sa peau comme de la sueur indécente.


Elle lui dit, j'ai des souvenirs grandioses. J'ai le souvenir d'une pluie torrentielle comme si c'était l'océan. C'était très loin et l'été. Je n'ai jamais été trempée comme ça, ce n'était plus être trempée, c'était autre chose, c'était s'abandonner à la pluie, qu'on le veuille ou non, faire corps avec la pluie, j'avais l'impression de ne plus avoir de vêtements, presque de ne plus avoir de corps, ou plutôt mon corps, l'eau qui s'abattait, et qui s'abattait encore, et la nuit. J'allais être emportée, et sombrer, ce serait comme un naufrage, c'était très violent, et je n'y pouvais rien, je suppose que c'était beau. Je suppose que je n'ai jamais senti quelque chose d'aussi violent s'emparer de mon corps, - c'était une pluie totale, absolue. J'ai fini par vouloir rentrer quand même, je n'avais pas le choix, j'ai traversé la ville à pieds là-bas, c'était long, les rues étaient désertes. Quand je suis arrivée, j'ai constaté que ma rue n'existait plus. La rue était sous les eaux. La rue était devenue un lac insondable. Tu ne peux pas imaginer. La nuit. Et cette nappe d'eau noire, qui s'étendait encore et encore, l'océan pleuvait toujours. Oh, tu ne peux pas imaginer. Ce n'était pas réel. Quand j'ai vu la rue inondée, j'ai su que je ne pourrais pas rentrer, - que je ne pourrais pas me plonger dans cette nappe noire, dans cette irréalité. Je n'avais pas le courage. Si tu pouvais comprendre...je n'avais pas le courage. Et à ce moment-là, j'ai vu qu'il y avait un homme, dans l'eau, il nageait et il riait, - c'était un homme de là-bas, un homme de la pluie je suppose, elle ne l'effrayait pas comme elle m'effrayait, - ce n'était peut-être même pas de la frayeur, quelque chose au-delà. Il m'a vue. Il est venu vers moi; il était très grand, l'eau lui arrivait à la taille. Il m'a dit quelque chose que je n'ai pas compris; je ne parlais pas la langue de là-bas. Alors il m'a prise dans ses bras et il m'a fait traverser le fleuve. J'avais peur et j'étais rassurée aussi, c'était difficile à définir. J'étais collée à son torse nu et trempé comme à un fragment d'irréalité qui aurait soudain pris corps. Il m'a déposée devant la porte de la maison. Il a voulu m'embrasser. Je ne voulais pas, je n'en avais pas du tout envie. Il riait. Il a essayé plusieurs fois, je me débattais, et puis j'ai arrêté de me débattre, et je l'ai laissé m'embrasser. Il avait un goût d'alcool et de pluie. J'ai ri. Il m'a dit des choses que je ne comprenais pas. Il m'a embrassée encore. C'était comme l'étreinte de la pluie encore. Et puis il est retourné dans le fleuve.



Tu vois, c'est la même chose. Je ne pouvais pas. Je n'aurais pas pu. S'il n'y avait pas eu quelqu'un pour me prendre dans ses bras, et me porter à travers le fleuve, -me porter. J'ai eu peur d'être trop lourde, d'un moment à l'autre, ses bras auraient pu fléchir, il aurait renoncé, -mais il n'a pas eu l'air de s'apercevoir d'un quelconque poids, il dansait sous la pluie, avec mon corps dans ses bras, il tournait, il riait.

De la même manière un peu, je ne peux pas. Je n'ai pas le courage. Je n'ai le courage de rien.



Il la regarde, elle sent qu'il est contrarié, encore davantage.
Il lui dit, - mais voyons, tu es adulte.
Elle remet ses lunettes noires. Oui, bien sûr.

Samstag, 2. Mai 2009

Der Wiedergefundene

Parce que ce n'était pas facile de revenir. Elle savait qu'elle ne voudrait pas. Que partir serait déjà l'impossibilité du retour, et le désir de l'absence, - ne jamais revenir, se soustraire au retour, à la visibilité du retour. Elle est restée quelques jours enfermée comme si elle n'était pas revenue. Repliée dans son corps déformé d'ailleurs, pour que ça ne s'échappe pas hors d'elle, pas tout de suite, pour le retenir encore un peu blotti en elle
- ce serait comme un enfant sans naissance.
Elle savait que partir, c'était déjà ne jamais revenir. Qu'il y avait ce désir en elle de disparaître, et plus personne ne saurait. Elle ne serait plus en quelque sorte, ou alors elle serait très loin sans rien qui ne la précède, sans les images à traîner derrière elle, engluées à elle, une nuée qui l'enveloppe jusqu'à la rendre autre.

Il lui dit qu'elle est partie longtemps. A force d'être partie peut-être il ne l'aurait pas oubliée, mais le manque d'elle aurait été presque de l'oubli, quelque chose proche de l'oubli.

Elle ne savait pas qu'il lui avait manqué autant, jusqu'à le revoir, jusqu'à voir que rien n'avait sans doute changé, après longtemps d'absence, et de plus en plus, la certitude qu'il ne serait plus, pour elle, que la distance de l'absence, et parfois des soirées passées ensemble, à s'étourdir sans parler, à oublier qu'ils s'étaient parlé beaucoup avant, à oublier qu'ils avaient pu parler. Elle lui dit qu'elle avait pensé qu'ils s'étaient perdus, elle avait pensé que c'était trop tard, trop de silence, il s'était évanoui dans le silence, retranché quelque part où elle n'était plus, où elle pensait n'être plus, il avait disparu avant qu'elle ne parte à son tour avec le désir de ne jamais revenir, elle avait cru qu'il avait disparu parce que c'était fini en quelque sorte, qu'il était devenu autre, étranger à elle, étranger à celui qui l'avait aimée beaucoup, comme un frère ou autrement encore, d'une manière qui n'aurait appartenu qu'à eux, qui n'aurait pas eu de nom pour être dite vraiment.

Sept heures, tu te rends compte, qu'on parle à ce café, et on dirait à peine une heure de passée.

Elle sourit un peu, elle ne s'était pas rendu compte non plus, sept heures, à parler dans ce café, dans cette ville chargée de familiarité jusqu'à l'écoeurement, sept heures, assise à côté de lui, de son odeur, de sa cigarette qui se répand sur elle, elle a envie de pleurer presque, de se laisser aller dans ses bras, c'est comme si jamais ils ne s'étaient tus.

Elle est venue en croyant qu'il la blesserait encore un peu plus, elle ne dirait rien, il ne saurait pas qu'elle était blessée, -elle se rend compte maintenant qu'il l'aurait su, qu'il la connaissait trop pour ne pas savoir, qu'il était le seul sans doute à comprendre ses silences, à comprendre le silence de la distance, le silence de la blessure, et les autres silences encore, le silence de ses désirs, le silence quand elle était heureuse un peu, quand ils n'avaient pas besoin de parler pour dire.

Plus tard on se mariera. Je sais que tu ne peux pas être autrement que seule. Tu seras seule, et alors on se mariera.

Elle sourit un peu encore, il y a comme des restes de distance, une rémanence étrange de l'absence trop longtemps, quelque chose qui la saisit, doucement, cette envie de pleurer, sans tristesse, c'est la familiarité de son visage, son visage lavé de ce qui le rendait étranger et lointain, -son visage retrouvé-.

Samstag, 18. April 2009

Wunde

Il lui dit, je ne voudrais pas qu'on en parle maintenant. Pas ici, on est loin, de tout, de ça aussi, je te dirai une autre fois, -ce serait dommage.
Elle insiste, elle lui prend une cigarette qui l'écoeure, avec le soleil, le silence sur la terrasse, vide comme pour eux, les palmiers, l'eau des fontaines.
Il lui dit, on est parti pour ne pas en parler, parce qu'ici ça ne compte pas, que c'est beau, ici, on est bien, il n'y a rien à dire de plus.
Elle tire nerveusement sur la cigarette, les lunettes qui lui cachent le visage, son regard paniqué, elle sent son regard qui panique. Elle insiste.
Il lui dit, écoute, tu vois bien que tu as changé. Même physiquement. Les gens ne te reconnaissent pas. Tes amis ne te reconnaissent pas. Tu n'étais pas comme ça quand je t'ai rencontrée.
Ces derniers temps dans la rue quand on était ensemble, et que tes amis ne s'arrêtaient même pas, parce qu'ils ne t'avaient pas reconnue, qu'ils n'avaient pas compris que c'était toi, - et toi qui les arrêtes et eux qui s'étonnent, qui te disent, mais je ne t'aurais jamais reconnue.
C'est comme si tu étais différentes personnes, que tu avais été différentes personnes, et je n'arrive pas à faire le lien entre elles, à passer de l'une à l'autre, aussi vite que tu le fais, que tu échanges tes identités, tes corps, tes désirs.
Elle a des larmes qui refluent de son ventre blessé, et les lunettes noires qui fuient le regard, elle boit du thé trop sucré, il brûle encore, le goût du sucre dans sa bouche. Elle ne dit rien.
Il dit, je ne sais pas, c'est étouffant à la fin, c'est insupportable. Tu parles, tu dis tout, tout le temps, et ça ne veut plus rien dire, tu le dis sans doute à tout le monde, et c'est étouffant, ce flux de paroles, ces choses que tu charries dans tes paroles, et qui ne veulent rien dire, ce besoin de parler toujours, et de n'attendre aucune réponse, de dire ta vie comme si c'était un spectacle, - et je ne sais pas, c'est comme si tu étais devenue très superficielle. Tous ces vêtements, ces soirées, ces gens, cette fuite perpétuelle, ce besoin d'être aimée de tout le monde, d'aspirer l'amour des autres, leur fascination, leur dégoût de toi, sans en être jamais rassasiée. C'est insupportable.
Il la regarde, elle a l'impression qu'il lui arrache le visage, ses lunettes, son regard, il attend qu'elle dise quelque chose, qu'elle pleure, qu'elle s'énerve, qu'elle se lève peut-être et qu'elle rentre à l'hôtel, qu'elle rentre à P., - elle ne dit rien. Il a peur sans doute encore davantage de son silence, d'elle blessée, de son désir de s'enfoncer dans le silence jusqu'à y disparaître.
Elle a les mains qui tremblent, il ne s'en rend pas compte, il pourra toujours se dire que c'est la cigarette, elle ne fume plus depuis longtemps, - mais il ne remarquera rien.
Il dit, tu vois bien que je ne pouvais pas t'en parler, sans que tu sois blessée, je ne voulais pas te blesser, mais je ne vois pas comment autrement.
Tous ces gens qui t'aiment tellement jusqu'à te détester, tous ces gens qui te détestent, qui te trouvent distante, prétentieuse, méprisante, ce n'est pas normal tu vois. C'est insupportable.
Elle écrase sa cigarette. Il lui prend la main, elle a la main ferme et glacée malgré la chaleur, - il est soulagé, de sentir sa main dans la sienne, de voir qu'elle la lui abandonne, il la serre doucement.
Elle enlève ses lunettes et il est soulagé, elle a le regard clair et calme.
Je ne suis pas blessée.
Il lui dit, je ne pensais pas que tu réagirais comme ça. Je suis vraiment soulagé. Maintenant tout va bien, tout ira bien. Je ne voulais pas gâcher ce voyage. Je suis content de voir que ce n'est pas le cas. Je tiens énormément à toi, tu sais, c'est pour ça que.
Elle lui sourit.
Ne t'inquiète pas, je ne suis pas blessée.

Montag, 30. März 2009

Café

Elle l'appelle et il ne répond pas. Elle ne comprend pas pourquoi, elle voudrait qu'ils se voient, qu'ils prennent un café ensemble, qu'ils soient amis. Au début elle ne se demande pas pourquoi il ne répond pas, et puis elle se dit que peut-être ce n'est pas si évident, pour lui, de boire un café avec elle, d'être son ami, à présent. Elle continue à l'appeler et un jour il répond. C'est presque trop tard, déjà, ou ça le sera bientôt, pour prendre un café, -elle aime bien, le moment de la fermeture, où elle reste seule, en terrasse, toutes les tables désertées autour d'elle, et la rue silencieuse, et les lumières sur le vide. Elle boit un dernier café avec les yeux perdus. Elle l'appelle et enfin il répond. Ils se verront le lendemain. Il devine qu'elle est dans un café encore, pour y être seule un peu, au moment de la fermeture. Elle a l'impression qu'il le lui reprocherait presque, d'être là encore, de dormir si tard, si peu.
Ils se voient le lendemain, la nuit déjà, dans un café. Elle se demande depuis combien de temps il ne répond plus, depuis combien de temps elle ne l'a pas vu, elle ne sait plus vraiment.
Il ne voulait pas la voir, il savait que c'était une mauvaise idée, de la voir, dans un café, semblable à toutes ces images d'elle qu'il voit encore depuis désormais trop longtemps, ses cheveux très noirs et son corps presque disparu, d'un coup, il a eu ce corps de disparition comme celui qui l'a précédé, et toujours ses yeux perdus quelque part, lorsqu'il arrive, elle est toujours, déjà là, assise, au café, avec la nuit. Il savait qu'il n'aurait pas du lui répondre, la voir - que ce ne serait pas pareil, de la voir vraiment, et qu'il ne pourrait pas. A peine assis en face d'elle il a ses yeux noirs sur le visage, ses yeux qui le brûlent, et l'impression, toujours, qu'elle le regarde sans le voir, comme elle regarde le vide autour d'elle, et il se dit qu'il n'aurait jamais du accepter de la voir, de voir qu'elle est toujours là, les cheveux très noirs, le corps presque disparu. Il ne sait pas si c'est de la panique, du désir, - ce malaise qui l'étreint à chaque fois et qui lui violente le corps, il espérait que ce ne serait pas le cas, cette fois, il ne l'avait plus vue depuis longtemps déjà, - et peut-être était-ce justement à cause de ça, parce qu'il avait presque oublié ce que c'était de la voir. Il sent sa gorge qui se noue -son ventre et il sait que c'est désormais inévitable, que c'est, dans tout son corps, bloqué, sans qu'il puisse y changer quelque chose, ou le comprendre un peu, - dans un instant, il le sait, il va devoir lui dire, excuse-moi, un instant, et il va se lever, calmement, essayer d'avoir l'air calme, marcher lentement, vers les toilettes, comme quelqu'un, qui, simplement, va vers les toilettes, et puis, lorsqu'il n'y aura plus, sur lui, son regard, s'y précipiter,et il le sait, il va vomir encore, la vomir, vomir son désir d'elle, son malaise d'elle, -comme si elle était quelque chose que son propre corps ne pouvait pas supporter, ne pouvait pas extirper, et il fallait que ça recommence, à chaque fois, à chaque café, pour être amis désormais, c'était sans fin.
Elle le regarde et elle se dit que c'est drôle, qu'il ait répondu enfin, que c'est une bonne chose, de pouvoir prendre un café, d'être amis, de parler un peu, après tout ce temps sans réponse, d'essayer encore une fois, de prendre un café. Elle lui sourit vaguement, ou peut-être qu'elle oublie de sourire, elle se dit que maintenant il répondra sans doute, ils se verront plus souvent, elle ne comprend pas, pourquoi ils ont arrêté de se voir, de prendre des cafés, d'être amis.
Il lui dit, excuse-moi, un instant. Elle le regarde qui se lève calmement, il va juste aux toilettes.

Freitag, 27. März 2009

Sommertime***

Elle rêve de NY, d'un retour à NY, ce serait de nouveau l'été, - elle rêve qu'ils y vont ensemble, pour clore sans doute enfin, ses retours incessants à NY, et les corps démultipliés qui s'y promènent, enfant, lorsqu'elle était trop petite, presque, pour vraiment voir, et puis plus tard, trop souvent, comme si aller à NY encore et encore était une manière d'y abandonner une image d'elle. Elle se souvient des hôtels glacés et des miroirs dans l'ascenseur qui la capturaient un peu et des fenêtres sur Broadway et de la sensation d'être d'elle-même ailleurs. Soho et Tribeca. Après, elle ne sait plus. C'était ailleurs encore, hors de l'été, hors d'elle-même, trop, pour qu'elle s'en souvienne, elle n'a que quelques images, morcelées, et elle sent encore le froid, elle avait, la fois d'après, terriblement froid, il y avait un appartement, et Battery Park, et l'eau noire, ou peut-être était-ce encore une autre fois. Elle ne se souvient pas de son corps absent, elle voudrait s'en souvenir, de cette absence de corps, de ce corps qui l'absentait à elle-même, et lui faisait si froid. Il lui semble qu'il avait neigé, un peu. C'est comme si à NY il y avait d'elle à chaque fois l'absence, à force d'y retourner, de s'y décharger d'une image encore, dans le miroir des ascenseurs, dans les écrans, elle ne s'y reconnaissait pas, ils avaient dit, on dirait un peu Mona Lisa, elle avait l'air triste un peu peut-être, et ils avaient du croire que c'était autre chose, - c'était sans doute autre chose encore. Ce dont elle se souvient le mieux, c'est sans doute le dernier été à NY, mais elle ne sait pas très bien, non plus, - la chambre moite et les corps endormis et la chaleur sur la ville, et puis le retour, de nouveau, seule, et la chaleur évanouie, et l'hôtel sur Central Park, et le vin blanc qu'elle buvait seule à la terrasse, la robe blanche, ses pieds en sang. Il y avait, la brûlure sur son épaule, le soleil fiché dans son épaule, jusqu'à meurtrir sa peau, et NY désormais sous la pluie, comme si c'était pour elle. Elle ne mettait plus que des robes cet été-là, sans doute à cause d'un autre corps encore, qu'elle avait emmené à NY pour s'en décharger une nouvelle fois, pour l'abandonner, dans l'hôtel glacé de nouveau, seule, c'était la première fois, qu'elle était aussi seule à NY, -ou juste quelque part peut-être. Elle se souvient des miroirs qui répercutent encore les images qu'elles ne reconnaissait pas, et sa tendresse, presque, pour les images passées, laissées à NY, sans qu'elle puisse les ressaisir. Elle se souvient de son retour à Paris, après cet été-là, le dernier été, et de la sensation, que c'était irréversible, que NY s'était gravé dans son corps, comme un secret, -elle avait peur, que ça finisse par partir aussi. C'était parti très vite, et sans même qu'elle ne s'en rende compte; elle ne pouvait pas savoir, que cet été-là était le dernier été, que c'était, en quelque sorte, la fin.

Dienstag, 24. März 2009

Summertime**

Elle a le dos brûlé d'un soleil qu'il ignore, elle ne voulait pas qu'il voit, et puis elle n'a plus parlé, elle l'a laissé parcourir sa peau brûlée des doigts, sans rien dire. Il aurait voulu qu'elle dise quelque chose. Sa peau lui reste sur les doigts un peu, c'est comme du soleil trop fort qui se détache d'elle, ce soleil dont il ne sait rien, et qu'elle porte encore sur tout son corps. Il aurait voulu qu'elle parle encore, qu'elle ne le laisse pas, sa main brûlée au contact de sa peau, - il l'imagine ployée sous le soleil de là-bas jusqu'à s'effondrer sur le sol, jusqu'à en être, de part en part, marquée, et c'est comme si elle ne pouvait plus être à lui vraiment. Il se demande si elle a jamais été à lui vraiment, s'il n'y avait pas, même avant, lorsqu'elle avait la peau très blanche près de la transparence, ce soleil quelque part. Peut-être qu'elle l'avait, en quelque sorte, tu d'avance, avec les rues trop colorées et l'odeur de l'alcool et de la mer. Avec la peau qui part sous ses doigts et son corps nu près de lui et la nuit, il a l'impression que jamais il ne saura. Peut-être qu'elle avait toujours appartenu à ce soleil qui brûle à n'importe quelle heure, à travers les vêtements presque, qui happe sans partage. Il a l'impression de sentir quelque chose de glacé sur sa tempe et presque une détonation. Elle a parlé de coups de feu au loin près de la mer. Elle a dit, c'était une mer immense, je n'ai jamais vu une mer comme ça sans fin. Partout il y avait de la mer. Il voudrait qu'elle parle, encore, avant de partir. Il lui a dit, qu'il aimerait qu'elle arrête, de partir. Il l'a dit parce qu'il sait qu'elle partira quand même, malgré les coups de feu, et les brûlures sur son dos, les taches rouges qui lui dévorent le dos comme une maladie de peau. Il ne la connaît que dans son attente de partir encore, il voudrait qu'elle lui dise, qu'elle reviendra, mais il sait qu'elle ne peut pas le dire, qu'elle ne peut revenir que par hasard, en quelque sorte, par passage. C'est comme si elle avait besoin de vivre en été toujours, qu'elle ne vivait que d'été, un peu partout. Il se dit, même avant, il n'avait juste pas du s'en rendre compte, croire que c'était seulement une forme d'insouciance, il se souvient de sa peau très pâle et de son rouge à lèvres très rouge, elle passait son temps à ne rien faire, il croyait qu'elle faisait semblant. C'était l'été déjà, sauf qu'il ne s'en était pas rendu compte. C'était ce temps englué, et lourd, et le soleil peut-être. Il ne sait plus très bien. Il voudrait qu'elle lui dise, si elle faisait semblant, de ne rien faire, à part partir encore. Si elle avait vécu autre chose que l'été. Il lui dit encore, qu'il aimerait, qu'elle ne parte plus, ou peut-être il le pense très fort seulement, et il la revoit, dans les aéroports, dans les gares, partir, sans jamais se retourner, sans jamais le voir, la regarder partir, et l'attendre déjà.

Sonntag, 22. März 2009

Summertime*

Il ya cette chanson dans le métro qu'elle ne s'attendait pas à entendre, ou alors autrement, c'est la chanson d'années enfouies, et qu'elle avait oubliées, presque, d'un été trop chaud et à l'entendre elle sent de nouveau le corps dans lequel elle s'empêtre, -le corps de chaleur, comme si de nouveau c'était cet été-là, qu'il n'y avait rien eu, encore, ensuite, que tout était, encore, à recommencer peut-être. C'est la même rue à sa fenêtre déserte et sans doute le même désir. Elle a laissé ce corps derrière elle. Dans la chanson peut-être un peu sans le vouloir, elle l'avait trop écoutée alors et puis jamais plus, ou une fois plus tard et elle se souvient de la voix qui plus tard la chantait et d'un visage, mais c'était autre chose encore.

Il y a celui qui lui dit : j'ai vingt ans et j'ai l'impression d'avoir plus de passé que d'avenir et pourtant je ne pense pas avoir vécu beaucoup. Ne me remercie pas de te remonter le moral.

Il y a celui qui lui dit: tu peux prendre du Xanax si tu es déprimée parfois au lieu de partir en voyage. Non c'est une blague. Ne le prends pas mal. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Mais ça ne fait pas du mal le Xanax à petites doses, c'est juste parce que les gens en abusent qu'il y a des ordonnances. Ok oublie je n'aurais pas du te parler de ça.
Il a une pochette transparente dans sa chambre et dedans des pilules blanches, Xanax Prozac Stilnox, c'est écrit en tout petit, elle regarde un moment la pochette transparente sans rien dire, il ne dit rien non plus, et elle a peur un peu.

Il y a celui qui lui dit: c'est normal que tu culpabilises, tu en as besoin vu que tu n'as pas de problèmes. Ta vie est parfaite. Tu as de la chance. Tu sais que tu as de la chance. Moi aussi je culpabilise dans ces cas-là. Je veux dire, parce que c'est comme s'il y avait un problème quand il n'y a pas de problème. Enfin tu vois. Essaie de rationaliser.

Il y a cette chanson dans le métro qu'elle ne s'attendait pas à écouter, ou alors autrement, sans de nouveau l'été si loin, tellement loin que c'est presque quelqu'un d'autre, presque avant de commencer, avant que tout commence, - elle ne le savait pas encore, alors, que ce n'était que le commencement, elle laisserait derrière elle le corps gonflé de chaleur et d'attente, tendu de cette attente sans objet, elle aurait un jour une vie parfaite, elle aurait tellement de chance.

Il y a celui qui lui dit: tu as vingt ans, tu es idéaliste, c'est normal et il la regarde avec des yeux morts déjà. Il la regarde comme s'il savait tout d'elle déjà, il ne sait rien pourtant, il ne veut rien savoir. Tu ne sais pas ce que tu veux faire, et il rit. Tu as tellement de chance.